Ma responsabilité s’arrête à la frontière ! C’était le mot d’ordre des professionnels du nucléaire réunis pour une audition mercredi soir au Sénat. AREVA, EDF, l’IRSN et l’ASN avaient été réunis à la demande de l'Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques, à la suite du documentaire : « Déchets, le cauchemar du nucléaire » pour faire la lumière sur l’affaire.
« Plus de transparence » a demandé M. Claude Birraux, président de l'OPECST, et un état des lieux clairs du traitement des déchets nucléaires français, pour cette réunion. En quelque sorte l’objectif aura été atteint : il est clair aujourd’hui que la France ne sait pas ce qui est fait des résidus de l’uranium de retraitement envoyé en Russie. « Nous n’avons pas de retour de nos homologues russes alors qu’avec d’autres cela se passe très bien », affirme le directeur de l’ASN (l'Autorité de Sureté Nucléaire), CLaude Lacoste. Sachant cela les différents acteurs en présence continuent d’y envoyer consciemment de l’uranium pour qu’il y soit enrichi !
D’après Thomas Branche de la direction Energie-climat du ministère de l’Ecologie, il n’y aurait pas volonté de cacher l'information : « On essaie de donner une visibilité sur tous les déchets nucléaires ». Oui, mais en France seulement se garde-t-il bien de dire. Si M. Birraux s’est déclaré satisfait d’un échange « sans tabou », il a tout de même signifié que l’OPECST avait saisi le Haut Comité pour la transparence et l'information sur la sûreté nucléaire sur cette question des déchets.
De l’uranium appauvri en Russie !
Pour faire simple, l’uranium qui sort des mines ou d’un réacteur après utilisation est « appauvri ». Il doit être « enrichi » pour être utilisé, pour la première fois ou à nouveau. Quand il s’agit d’uranium arrivant de la mine, il est enrichi en France par AREVA. Mais lorsqu’il s’agit de l’enrichissement d’« uranium de retraitement », là, les industriels passent le témoin aux Russes (entre autres). Les Russes possèdent en effet une technologie que la France ne possède pas encore en matière d’enrichissement de l’uranium de retraitement.
L’uranium appauvri envoyé reviendra enrichi pour le plus grand bonheur d’EDF. Seulement enrichir de l’uranium de retraitement produit aussi des résidus appauvris d’uranium. Et cet uranium appauvri est la propriété légale de l’enrichisseur. Soit ici des Russes. Ce système a été mis en place à un moment où la Russie ne pouvait plus disposer des mines situées dans les pays devenus indépendant de l’ex-URSS. Cela lui permettait d’avoir accès à une ressource en uranium dont elle pouvait tout de même disposer. Or le besoin russe en la matière n’est plus le même aujourd’hui et les rejets ne sont donc plus utilisés. De matière valorisable, cet uranium est devenu un déchet stocké.
Ces déchets ne sont pas de notre responsabilité
Au vu des problèmes suspectés en Russie au sein même d’autorités de sureté comme l’IRSN, rien n’est fait pour stopper l’envoi de l’uranium à enrichir en Russie… Sous prétexte de non-ingérence dans les affaires de l’état russe, aucune pression n’est faite sur le pays pour plus de transparence ! Aucun contrat n’oblige au bon entretien des résidus de Tomsk sous peine d’aller porter l’uranium ailleurs !
Face à un tel constat, on peut s’interroger : la responsabilité de la France quant à ce qui sera fait des résidus (qui deviendront probablement déchets) s’arrête-t-elle vraiment à la frontière du pays ? Mener une politique de l’autruche sous prétexte que la communauté internationale fait la même chose (la Russie fournissant 50% de l’uranium de retraitement enrichi dans le monde) n’est-ce pas encourager l’hypothèque de l’avenir ?
Photo : Flickr/Nagadoudi












