La start-up française Greenext propose une méthode de calcul permettant de mesurer l’impact carbone de ses achats en magasin, c’est-à-dire la quantité de gaz à effet de serre. Un résultat qui s’affiche sur son ticket de caisse. Zoom sur une innovation récompensée dans le cadre du Prix de la croissance verte numérique 2009.
Passez à la caisse de votre supermarché préféré. Déposez vos achats sur le tapis roulant. Un sourire à la caissière en passant, sortez la carte bleue et l’affaire est dans le sac. Seulement surprise, votre ticket n’affiche pas seulement les euros dépensés mais aussi le bilan carbone de vos achats. Science-fiction ? Pas pour Greenext. Créée en 2007, cette société propose aux industriels et aux distributeurs d’établir l’impact carbone de leurs produits. C’est-à-dire la quantité de gaz à effet de serre (convertie en équivalent CO2) émise par chacune de leurs références.
Objectif : inciter les consommateurs à opter pour des produits moins « carbonés » et prendre, au passage, un peu d’avance sur la réglementation. « La loi Grenelle de juillet 2009 définit un affichage environnemental obligatoire des produits à partir de 2011, explique Caroline Alazard, fondatrice et directrice de Greenext. Les autorités vont devoir définir des règles communes. ». En collaboration avec sa société, trois magasins E.Leclerc du Nord de la France proposent déjà l’affichage carbone en rayon et sur le ticket de caisse. De son côté, le groupe Casino a fait appel aux services de BIO Intelligence Service pour apposer une étiquette verte sur les produits de sa marque.
Intégrer l’ensemble des émissions de gaz à effet de serre
Pour réaliser ses calculs, Greenext se base sur l’analyse du cycle de vie de chaque produit. La start-up française va donc commencer par répertorier l’ensemble des « génériques » d’un rayon. Prenons l’exemple de la star du petit-déjeuner : le jus d’orange. Dans un rayon classique, on trouve le pur jus d’orange, le jus d’orange à base de concentré, le nectar de fruit ou bien encore le pur jus sans pulpe. Pour chacun de ces « génériques », les équipes de Greenext vont estimer la quantité de CO2 émise. « Nous modélisons toutes les étapes du produit : de la culture de l’orange au traitement final de la bouteille », précise Caroline Alazard.
Grâce à cette méthode, Greenext obtient un profil CO2 du « générique ». Ce résultat sera ensuite adapté à chaque marque en fonction du poids, du volume ou de l’emballage de la référence, puis corrigé avec des données spécifiques fournies par les industriels (origine des ingrédients, bilan carbone d’un centre de distribution…). « Nous sommes capables de dire à Tropicana : voilà, selon nous, les propriétés de votre produit. Avez-vous des informations supplémentaires à nous fournir ? Bien entendu, nos ingénieurs contrôlent toutes les données entrantes pour vérifier si elles sont cohérentes ».
Travailler avec les industriels et les distributeurs
Ciblée sur la consommation grand public, la solution de Greenext s’adresse avant tout aux industriels et aux distributeurs. Des professionnels à qui la start-up propose un abonnement pour accéder à sa base de données de 500 000 « code barres ». La consultation s’effectuant via un logiciel développé en interne et fourni « cousu main » à chaque client. Un outil sécurisé et mis à jour en permanence pour réagir aux évolutions du marché et de la réglementation.
Du côté des consommateurs, si l’idée de « verdir » ses emplettes progresse, le passage à l’acte reste encore timide. Caroline Alazard estime d’ailleurs que la généralisation de l’affichage environnemental dans les magasins devra obligatoirement s’accompagner d’un peu de pédagogie : « Cette valeur, le consommateur ne la comprend pas toujours. Il est important de lui donner des repères, des moyennes pour qu’il puisse comparer les produits entre eux ». Une fois cette étape d’apprentissage passée, l’étiquette carbone pourrait bousculer les habitudes de consommation des Français. Et pourquoi pas dès le petit déjeuner. Le jus d’orange céderait alors sa place au jus de pomme, plus « léger » en émissions.
A lire également, l’interview de Thomas Pocher, directeur de trois magasins qui ont mis en place l’affichage carbone des produits alimentaires en partenariat avec Greenext.
Photo : alistairas/Flickr
Baptiste Roux dit Riche,
Cleantech Republic, le magazine des technologies vertes















