Biodiversité, puits de carbone : faudra-t-il choisir entre les deux en cas de lancement du programme de financement pour la réduction du carbone forestier de l'ONU (REDD)? Alors même que les débats portant sur la lutte contre la déforestation se tiennent au sommet de Copenhague, Conservation Letters publie une étude relançant le débat.
En début de semaine, à COP15 étaient examinées les solutions envisageables pour mettre fin à la déforestation, source de 20% des émissions mondiales des Gaz à Effet de Serre (GES) et funeste pour la biodiversité. Sujet de tension entre pays en développement (PED) et pays développés, le lancement du programme de financement pour la réduction de carbone forestier de l’ONU, le REDD, a été évoqué.
L'idée du REDD : payer les pays en voie de développement pour les émissions évitées, soit pour des déforestations évitées. Cette mesure permettrait de préserver les puits de carbone que sont les forêts – tropicales en particulier – et dans un même mouvement de protéger la biodiversité. Contribution à ce projet, une étude publiée par Conservation Letters met en évidence à l’aide de cartes les zones à forte fixation carbone et à forte biodiversité. Une manière, en recoupant les cartes de mettre en évidence, les zones qui présentent la meilleur concentration carbone-biodiversité, comme l’Amazonie, Sumatra et Bornéo, et ainsi de repérer les premières à préserver.
Les savanes du grand rift africain sacrifiées ?
Le bon sens qui voudrait qu'on initie le projet dans des zones révélant ce bon rapport carbone-biodiversité recèle pourtant un risque de voir disparaître les milieux « moins immédiatement intéressants ». Ne réunissant pas dans un même espace biodiversité riche et fort pouvoir fixateur de carbone, le Cerrado brésilien (photo) ou les savanes du grand rift africain par exemple risquent de se voir ainsi sacrifiées, en particulier en raison d’un déplacement des destructions.
Dans son rapport, Conversation Letters pointe en effet le fait que préserver les forêts entraînerait en pratique un déplacement de la pression anthropique d’un milieu vers un autre. Pression anthropique liée en particulier à l’agriculture et à l'élevage. L’équation est simple : si les populations ne peuvent plus déforester parce que leurs forêts sont protégées, elles iront cultiver, élever, ou prélever de quoi se chauffer ailleurs, dans des zones moins protégées parce que moins prioritaires (car elles fixent moins de carbone) mais pas nécessairement moins riches en biodiversité. Un écocide en perspective qui doit impérativement être évité.
Photo : Flickr/JAIRO BD (Cores do Cerrado)











