Le développement durable n’est pas que l’affaire des grands de la politique et de l’économie « modernes ». Depuis des millénaires, les populations locales de tous les continents développent une gestion des ressources en harmonie avec leur environnement, comme dans le cas de l’agdal au Maroc. Quand conservation de la culture rime avec préservation de la nature…
Pourquoi et comment œuvrer pour intégrer les populations locales à la gestion durable des ressources ? Cette question est de plus en plus présente dans les réflexions autour du
développement durable. En novembre dernier s’est tenu un colloque sur la gestion participative des ressources naturelles, organisé par l'association 4D et Alternatives économiques. A cette occasion, Didier Genin, chargé de recherche à l’Institut de Recherche sur le Développement (IRD), a insisté sur l'importance de connaître et reconnaître les usages traditionnels des ressources, en prenant exemple sur le cas du Maroc et de la Tunisie.
Les cultures locales, reliques du passé ou promesses d’avenir?
L’agdal est un système local d’organisation sociale et de gestion de la nature qui remonte à plus de 2000 ans dans le Haut Atlas marocain. Dans ces montagnes arides et semi-arides où les contraintes naturelles sont très fortes, l’agdal permet de
préserver la biodiversité depuis la nuit des temps. Vécu comme un territoire sanctuaire, fermé et interdit par la malédiction d’un saint, cet espace communautaire ne peut pas faire l’objet d’une propriété individuelle. On le considérait jusqu’à peu comme une relique du passé qui faisait obstacle à la modernisation agricole du pays ; il est désormais à l’honneur des projets de développement durable du Maroc rural.
Face aux difficultés des institutions dites modernes pour gérer les ressources sylvopastorales dans des milieux aussi contraignants que le Haut Atlas marocain, l’agdal trouve une résonnance nouvelle auprès des projets de développement. Le
laboratoire Environnement Populations et Développement de l’IRD s’intéresse de près à ces savoirs traditionnels, qui permettent aux populations tunisiennes et marocaines de s’adapter à leur environnement depuis des millénaires.
« Il faut rentrer dans la culture, sinon c’est l’échec »
Si l’on valorise un
mode participatif de gestion durable des ressources, c’est généralement pour faire accepter aux populations locales des projets de développement qui ne coïncident pas toujours avec leurs pratiques culturelles. Mais «
être bon communicateur ne suffit pas. Il faut aussi rentrer dans la culture, sinon c’est l’échec », affirme Didier Genin. En intégrant la dimension culturelle dans les projets de développement, non seulement les populations adhèrent plus facilement à ces projets nés de la concertation de tous les acteurs, mais elles peuvent désormais concilier pratiques séculaires de gestion des ressources et défense de l’environnement.
Photo: Jean & Nathalie / Flickr