Et si les têtes des missiles nucléaires se rendaient utiles en fournissant de l’énergie ? C’est l’idée du programme « De Megatonnes à Megawatts », fruit d’un accord signé en 1994 par la Russie et les Etats-Unis.
Que faire des ogives nucléaires dont on veut se débarrasser ? Une question épineuse lorsque l’on sait à quel point les opérations de démantèlement sont délicates et génèrent des déchets radioactifs.
Recyclage hi-tech
Le programme « De Megatonnes à Megawatts » signé par l’administration Bush-père peu après l’effondrement du bloc soviétique, consiste en la conversion de 500 tonnes d’uranium hautement enrichi, issu des missiles russes, en combustible faiblement enrichi, destiné aux réacteurs nucléaires américains.
Géré par la United States Enrichment Corporation (USEC), une entreprise privée, cette opération a permis de convertir l’uranium équivalent à 15000 ogives nucléaires. Lorsqu’elle touchera à sa fin en 2013, ce sont 20000 têtes qui auront été traitées en tout.
L’énergie produite est loin d’être négligeable. Philippe Sewell, son vice-président déclarait à l’AFP qu’entre 1994 et 2013 « de Megatonnes à megawatts » avait produit l’équivalent de 6 mois d’electricité pour la Terre entière. Aujourd'hui aux Etats-unis, le nucléaire assure 20 % de la production d'électricité dont la moitié provient des ogives nucléaires russes.
Concrètement, l'USEC paye pour traiter les missiles démantelés en russie. L'uranium est découpé, séparé du reste du missile, puis il subit toute une série de transformations chimiques, en finissant par être mélangé avec un isotope de l'uranium incapable de déclencher une réaction en chaîne : c'est le processus d'appauvrissement.
Le combustible appauvri ainsi généré est envoyé par voie maritime dans le Kentucky où l'USEC continuera de le traiter avant de le vendre aux opérateurs de centrales nucléaires.
Gagnant-gagnant ?
Sur le plan économique tout le monde semble y avoir trouvé son compte : les Russes ont gagné 500 millions de dollars par an, les Etats-Unis ont eu du combustible bon marché, et bien sur l’USEC en a largement profité. « De Megatonnes à megawatts » est-il donc un succès?
Pas si vite. Si la réussite était au rendez-vous, pourquoi l'accord ne serait-il pas prolongé? A cause de différends entre les deux pays. Les Russes accusent les Etats-Unis d'avoir signé un accord les favorisant ouvertement, puisqu'ils payent l'uranium à un prix largement inférieur à celui du marché. De leur côté les Américains jugent les Russes irréalistes lorsqu'ils proposent des prix très élevés.
Il y a donc très peu de chances pour que le programme soit prolongé. Mais à l'heure où l'administration Obama vient de signer avec les Russes le projet START, qui consiste en une réduction des stocks des arsenaux nucléaires, il serait judicieux de trouver un accord pour appauvrir les milliers de tonnes d'uranium qui représentent un danger bien réel.
Crédit photo : redjar - Flickr















Bonjour,
L'initiative est très bonne, mais ne sera excellente que lorsque tous les pays détenteurs de l'arme nucléaire feront de même. Le nucléaire civile n'est qu'une solution temporaire en attendant des énergies renouvelables pour alimenter nos foyers, mais le nucléaire militaire n'est pas une solution en soi. Réduire drastiquement les stocks est une nécessité, et empêcher la propagation de ces armes est un devoir.