Diplômé d’administration et de management, Joaquin Muñoz a commencé sa carrière dans la banque. En parallèle à ce parcours de manager, il s’engage dans les questions de solidarité internationale. À partir de 2002, il s’implique bénévolement comme trésorier au sein de Paris équitable. En 2004, il devient membre du conseil d’administration de l’association Max Havelaar France. En juin 2007, il prend la direction de l’association Max Havelaar France.

1. Quelle est votre définition personnelle du commerce équitable ?
La notion de personnelle me semble impropre car le commerce équitable est avant tout collectif. Plus c’est personnel, moins c’est communautaire et plus c’est une entrave pour les producteurs pour rentrer dans le commerce équitable. Néanmoins, ma définition du commerce équitable est de connecter familles agricoles et familles de consommation à travers un outil qui est un label. Ce dispositif est une garantie pour les consommateurs et l’assurance d’un échange juste pour les producteurs. Le véritable objectif, pour moi, du commerce équitable est que les familles agricoles soient le moteur de leur propre développement et qu’elles renforcent leur position économique afin de pouvoir investir pour l’avenir de leur famille, et des générations futures.
2. Votre parcours est un peu atypique, après avoir été dans le secteur de la banque et du conseil, quelle a été votre motivation pour intégrer Max Havelaar ?
Mon premier voyage en Bolivie, dans le cadre d’un voyage professionnel pour une grande banque, fut ma première visite dans un pays d’Amérique du Sud et ma première rencontre avec les agriculteurs locaux. Inconsciemment, le constat de la condition déplorable de vie de ces hommes m’a marqué. Le signal d’alerte était déclenché ! Plus tard au siège de Nestlé, je fus confronté directement au mécontentement du monde paysan concernant le prix des matières premières et en particulier celui du café. Mes collègues de l’époque et moi furent ainsi directement pris pour cible et rendus responsables de ce système déséquilibré. Je me suis interrogé et dit qu’ « il y avait vraiment quelque chose qui clochait » ! Personnellement, je voulais aussi donner encore plus de sens et de valeur à mon travail. Ainsi, lors de voyages en Amérique Centrale, j’ai découvert une coopérative de commerce équitable. Il faut se remettre dans le contexte : c’était durant les années 2000-2001, la crise du café était à son paroxysme avec des prix très bas. Lorsque je lisais les articles de presse locaux, je me rendais compte que le secteur du café, dans de nombreux pays d’Amérique Centrale, est un secteur primordial. Et, à cette époque, il y avait un fort mécontentement général des producteurs qui ne vivaient pas décemment de leur travail. A l’inverse de cette tendance, cette coopérative regroupait des personnes contentes et fières d’être cultivateurs de café. Chez moi, cela a fait « TILT » : je me suis dit qu’il y avait quelque chose d’anormal. De retour en Europe, perplexe, j’ai approfondi le sujet. Ce fut une révélation car le commerce équitable représentait pour moi une forme moderne d’activisme. Pourquoi ? C’est vraiment dans l’action, dans l’idée de dire « on réforme des pratiques » et on change les habitudes de travail… j’ai donc pensé que je pouvais apporter quelque chose. Je me suis donc inscrit, dans un premier temps, comme bénévole. Puis, le « virus » grandissait tellement que j’ai décidé d’en faire mon métier. J’ai donc commencé sur un projet autour du financement du commerce équitable qui est l’un des grands enjeux d'aujourd’hui et des prochaines années. Après, l’opportunité de devenir Directeur Général de Max Havelaar s’est présentée et j’ai donc pris mes fonctions en été 2007.