501 marins-pécheurs, volontaires au nettoyage du pétrole déversé du Prestige en 2002, ont été suivis médicalement par des scientifiques espagnols. Le résultat de cette étude vient d’être publié : « les pécheurs de fuel » ont de quoi broyer du noir et pas seulement dans leurs pires souvenirs !
L’écotoxicologie, discipline scientifique qui étudie le comportement et les effets d'agents polluants sur les écosystèmes, a jusqu’ici montré à travers de nombreuses études que des modifications physiologiques chez les vertébrés et invertébrés pouvaient être corrélées à nos émissions toxiques. Or, un vertébré n’est pas en reste : l’Homme. Il suffit de voir l’étude réalisée grâce au bilan médical de 501 pêcheurs volontaires au nettoyage de la marée noire du Prestige. Leur état de santé est plus que médiocre !
Avec le Prestige, les pécheurs broient du noir
Souvenez-vous de la marée noire provoquée par le pétrolier « Le Prestige » en novembre 2002 ? 70 000 tonnes de pétrole s’étaient répandues sur les côtes espagnoles. 30 000 volontaires avaient porté main forte à l’Espagne pour venir à bout de la pire marée noire que le pays n'ait jamais connu. Parmi eux, 501 marins-pécheurs dont l’état de santé a été suivi par des scientifiques espagnols. Le résultat de cette étude vient d’être publié par la revue américaine Annals of Internal Medicine : « les pécheurs de fuel » ont de quoi broyer du noir et pas seulement dans leurs pires souvenirs.
Manifestation d’altérations biochimiques, cellulaires et physiologiques
Selon cette étude toxicologique, les pécheurs espagnols seraient plus sujets à des problèmes respiratoires mais aussi à des altérations chromosomiques dans les lymphocytes, cellules qui jouent un rôle de défense dans l'organisme contre les agents étrangers. Qui dit modification de l’ADN, dit aussi modification de la « recette » avec laquelle la cellule travaille…et risques accrus de cancer !
Rien ne prouve rien…
La toxicologie liée à l’environnement est bien une science bizarre ! D’un côté, les scientifiques trouvent une différence significative entre un échantillon « propre » et un groupe de volontaires « souillés par la pollution ». Mais dans un autre sens, les individus ne sont pas « identiques », dans la mesure où les marins-pécheurs ne vivent pas dans un milieu "exempt de pollutions" et dont on puisse conclure aussi facilement des causes et conséquences ! Du fait que chaque individu s’expose tout au long de sa vie à d’autres polluants, et que chacun voit son organisme réagir plus ou moins différemment, il est impossible pour les chercheurs d’affirmer que les altérations biochimiques, cellulaires et physiologiques chez les marins-pécheurs sont intimement liées à la marée noire. Les médecins peuvent seulement tirer la sonnette d’alarme et conseiller une certaine prudence.
…Mais un rien change tout
Certes, "l’étude ne prouve rien". Mais elle peut au moins changer les choses..et surtout les précautions à prendre pour les hommes qui nettoieront d’autres côtes souillées par d’autres marées noires.
Le plus triste, c’est que l’homme peut se protéger. Moins les animaux et les plantes, qui continueront à être étudiés par les écotoxicologues, mais qui n’auront ni masque, ni gants de protection pour limiter les dégâts sur la structure de leurs communautés, sur leur reproduction, leurs conditions physiologiques et leur croissance.
Crédit : esperta/flickr














